
Nicolas Sarkozy ex pr français, incigateur du coup d’état qui a emporté GBAGBO Laurent

Pendant dix ans, de 2000 à 2010, Laurent Gbagbo n’a pas gouverné la Côte d’Ivoire. Il a survécu à une guerre qui lui a été imposée. Et ceux qui ont déclenché cette guerre ne siégeaient pas à Bouaké, mais à Paris, à New York et à Bruxelles.
Le « complot » n’est pas une théorie. C’est une chronologie.
2000-2002 : Le péché originel, avoir refusé la Françafrique
Gbagbo arrive au pouvoir en octobre 2000 sans l’aval de Paris. Contrairement à Houphouët-Boigny et Bédié, il n’est pas un produit du réseau Foccart. Premier geste : il ouvre le marché du cacao à d’autres acheteurs, il parle de transformer le cacao en Côte d’Ivoire, il refuse de reconduire automatiquement les accords de défense avec la France. Il dit « la Côte d’Ivoire n’est la chasse gardée de personne ».
Pour Paris, c’est intolérable. Le Quai d’Orsay sous Chirac-Villepin ne pardonne pas. Dès 2001, les conseillers Afrique de l’Élysée, Michel de Bonne corse en tête, reçoivent en boucle les opposants ivoiriens.
19 septembre 2002 : Une rébellion sous perfusion extérieure
Une rébellion n’apparaît pas avec des chars neufs, des armes neuves et des Thuraya satellite en 12 heures à Bouaké. Les soldats qui attaquent Abidjan le 19 septembre sont partis du Burkina Faso de Blaise Compaoré, le plus fidèle allié de la France en Afrique de l’Ouest.
Pendant que les rebelles coupent le pays en deux, que fait l’armée française, 4e puissance mondiale, qui a 600 hommes du 43e BIMA à Port-Bouët avec hélicoptères Puma ? Elle s’interpose. Mais elle ne s’interpose pas entre l’agresseur et l’agressé. Elle crée une « zone de confiance » qui fige la partition et qui protège la rébellion pendant 5 ans. C’est Linas-Marcoussis en janvier 2003 : on convoque à Paris un président élu et on lui impose à sa table des chefs rebelles comme ministres de la Défense et de l’Intérieur.
Quel autre pays au monde accepterait cela ?
2004-2010 : L’étranglement économique et médiatique
De 2004 à 2010, le schéma est classique des destitutions modernes :
– Économique : La BCEAO, contrôlée par la France, gèle une partie des avoirs ivoiriens. L’Union Européenne décrète un embargo sur les armes qui ne s’applique en pratique qu’aux forces loyalistes. Les rebelles, eux, sont ravitaillés via le Burkina.
Judiciaire : La Cour Pénale Internationale est brandie comme une arme. On parle déjà en 2006 de « Gbagbo à la CPI », avant même l’élection de 2010.
Médiatique : RFI, France 24, Jeune Afrique martèlent un récit : Gbagbo le dictateur, le xénophobe, l’autiste. Chaque rapport d’ONG est repris en boucle, chaque rapport sur les exactions rebelles est enterré.
L’opinion internationale est préparée à accepter un changement de régime.
2010-2011 : Le coup d’État électoral
Le second tour du 28 novembre 2010 est le piège final. Le Conseil Constitutionnel, seul organe habilité par la Constitution ivoirienne à proclamer les résultats, invalide les résultats frauduleux du Nord où on vote à 97% avec 120% de taux de participation. Il proclame Gbagbo vainqueur.
La CEI, elle, proclame Ouattara vainqueur depuis l’hôtel du Golf, sous protection des soldats français et des casques bleus de l’ONUCI.
Qui tranche ? Ce n’est pas le peuple ivoirien. C’est le Secrétaire Général de l’ONU Ban Ki-moon, le Président français Nicolas Sarkozy et Barack Obama qui, le 7 décembre, appellent publiquement Gbagbo à partir. La France obtient la résolution 1975 de l’ONU qui donne mandat à l’ONUCI et à la Force Licorne de « neutraliser les armes lourdes ». Traduction : bombarder le palais présidentiel.
Le 11 avril 2011, ce ne sont pas les FRCI qui arrêtent Laurent Gbagbo. Ce sont des chars français du RICM qui enfoncent les grilles de la résidence, des hélicoptères Gazelle français qui tirent, et des forces spéciales françaises qui l’extraient pour le remettre aux forces d’Alassane Ouattara.
C’est la première fois depuis la guerre froide qu’une armée occidentale renverse frontalement un président africain élu pour installer un autre.
On peut ne pas aimer Laurent Gbagbo.
On peut critiquer sa gestion, son entourage, ses erreurs.
Mais nier le complot, c’est nier les faits : jamais un président ivoirien n’avait tenté de sortir aussi frontalement du pré carré français. Et jamais la France et l’ONU n’avaient mis autant de moyens militaires, diplomatiques et médiatiques pour faire tomber un seul homme en Afrique.
Le procès de la CPI l’a d’ailleurs prouvé : le 15 janvier 2019, Laurent Gbagbo est acquitté de crimes contre l’humanité, faute de preuves. L’accusation, portée par Fatou Bensouda et soutenue par la France, s’est effondrée.
Si complot il n’y avait pas, pourquoi a-t-il fallu 8 ans pour ne rien trouver ?