
Face à l’urgence sociale née des récentes opérations d’aménagement urbain à Abidjan, de nombreuses voix s’élèvent pour réclamer un nouveau modèle. Parmi elles, celle de Me Pierre Djémis, avocat d’affaires internationales ,conseil juridique agréé en exercice au Ministère de la Justice et des Droits de l’Homme et fondateur de PKD Conseil.
Fort de 22 années d’expérience dans l’attraction des investissements directs étrangers (IDE) en Côte d’Ivoire, l’homme qui a contribué à l’identification de grandes entreprises chinoises d’infrastructures économiques pour de grands chantiers nationaux (Pont de Cocody, Autoroute Abidjan-Bassam, Centrale de Soubré, Extension du Port d’Abidjan) propose aujourd’hui une thérapie de choc. Entre rigueur du droit, ingénierie sociale, alliances industrielles internationales et protection de l’écosystème local, il livre sa feuille de route pour éteindre la crise du logement.
- L’équilibre entre la force de la loi et la dignité humaine : quel regard jetez-vous sur les vagues successives de déguerpissements à Abidjan ?
Comme juriste, je reconnais à l’État son droit d’agir et sa souveraineté : libérer le domaine public, sécuriser les zones à risques pour sauver des vies et appliquer fermement les décisions de justice relèvent de la loi. C’est indiscutable.
Mais le droit ne peut pas et ne doit pas ignorer l’humain. Derrière chaque coup de bulldozer, derrière chaque démolition, il y a des familles brisées, des commerces détruits, des vies entières précarisées. Appliquer la rigueur légale sans y adosser une véritable ingénierie sociale ne fait que déplacer la pauvreté. Notre rôle, en tant que juristes et conseils, est de bâtir un pont entre l’ordre public et la dignité : concevoir des mécanismes juridiques et opérationnels capables d’accélérer l’aménagement urbain tout en protégeant les populations. L’efficacité d’une politique publique se mesure précisément à cet équilibre.
- Inverser la méthode : le recasement d’abord, la démolition ensuite. On reproche souvent aux autorités de détruire sans solution immédiate. Comment corriger le tir ?
La problématique du logement est un fait :on démolit d’abord et on cherche à reloger ensuite, dans l’urgence. Ce décalage temporel fragilise l’ensemble de la cohésion sociale. Pourtant, la libération des zones insalubres ou des emprises de grandes infrastructures est une nécessité absolue pour le développement.
« La clé est d’inverser radicalement l’ordre des choses : le recasement doit précéder la libération foncière. Plus jamais un Ivoirien ne doit être relogé après la démolition. On planifie, puis on agit. »
Concrètement, cela exige d’identifier, de sécuriser juridiquement et de viabiliser les sites d’accueil bien avant le démarrage de toute opération de démolition. C’est l’unique méthode pour résorber l’habitat précaire sans créer de nouveaux drames sociaux.
- L’alliance internationale : le chaînon manquant du BTP ivoirien. Que peut apporter l’expertise internationale face à un problème purement ivoirien ?
La Côte d’Ivoire dispose d’atouts exceptionnels : des architectes de grand talent, des PME du BTP dynamiques et des promoteurs immobiliers agréés sérieux qui maîtrisent le terrain et nos modes de vie. Personne ne peut les remplacer.
Cependant, pour résoudre une crise de cette ampleur, il faut changer d’échelle. C’est là que les promoteurs internationaux apportent les trois leviers indispensables :
• Le capital : la capacité de pré financer des programmes massifs de 5 000 à 10 000 logements sans peser sur les finances immédiates de l’État.
• La méthode : l’introduction de technologies de pointe comme le coffrage tunnel ou la construction modulaire industrielle. Nous devons passer de l’artisanat à l’industrie.
• Le temps : réduire les délais de livraison à 6 ou 9 mois pour des chantiers qui prenaient autrefois 3 ans.
La vraie synergie, c’est le mariage de la finance et de la technologie mondiales avec le savoir-faire ivoirien. Pas l’un contre l’autre, mais l’un avec l’autre.
- Une diplomatie d’affaires au service de l’État. Certains qualifient les intermédiaires de spéculateurs sur le dos des populations fragiles. Quelle est la position de votre cabinet ?
PKD Conseil n’est pas un entremetteur de plus. Nous sommes un cabinet de conseil juridique spécialisé en investissements directs étrangers (IDE), ancré en Côte d’Ivoire depuis 22 ans. Notre crédibilité est bâtie sur des faits historiques.
À travers nos différents forums d’affaires organisés à Shanghai entre 2007 et 2016, nous avons identifié et attiré les consortiums industriels qui ont réalisé les infrastructures majeures du pays, du Pont de Cocody à l’autoroute Abidjan-Bassam, en passant par le barrage de Soubré et l’extension du Port Autonome d’Abidjan. Nous ne faisons pas de promesses en l’air, nous sollicitons des partenaires financiers et industriels d’envergure mondiale pour répondre aux urgences de notre pays.
- Le modèle du 50/50 pour faire grandir les entreprises locales. N’y a-t-il pas un risque que ces multinationales étouffent le secteur privé ivoirien ?
Il ne s’agit pas de laisser des multinationales étouffer le secteur privé ou les initiatives locales, mais de bâtir une cohabitation vertueuse et équilibrée. Notre modèle repose sur un principe de partenariat d’égal à égal : le « 50/50 ».
Concrètement, le concept consiste à ce qu’une partie apporte la réserve foncière et le terrain sécurisé, tandis que l’autre déploie la puissance de son financement. C’est précisément sur cette synergie parfaite que nous allons aider à résorber définitivement le problème des logements sociaux. En mobilisant notre expertise et notre réseau historique, nous faisons venir des investisseurs et promoteurs internationaux de premier plan. C’est une alliance gagnant-gagnant où la souveraineté de notre sol rencontre la force de la finance mondiale, avec un unique objectif : loger dignement chaque Ivoirien.
Guy LASME